Agriculture: l'indispensable débat
jeudi 10 juillet 2008
Soutenir l'agriculture familiale, c'est assurer la survie de l'humanité ! » affirme Dao Bassiaka, le président de la Fédération des professionnels agricoles du Burkina Faso.
Face à la crise alimentaire, et alors que la communauté internationale appelle à investir dans la production agricole vivrière, il est indispensable que l'ensemble des agriculteurs puissent participer pleinement à l'effort productif mondial tout en vivant décemment de leur métier.
Aujourd'hui, dans les pays les moins avancés, le paysan supporte seul tous les risques liés à sa production. Dépourvu d'aide gouvernementale et d'assurance, il a difficilement accès au capital, au crédit et à la formation. En plus des aléas climatiques, il subit aussi les fluctuations des marchés. Il lui est souvent difficile de produire assez pour permettre à sa famille de vivre décemment. Le constat est édifiant : 75 % des populations pauvres de la planète vivent en zone rurale et sont dans leur majorité des paysans.
En un an, le prix des denrées alimentaires à l'échelle mondiale a augmenté de 53 % selon la FAO. Les effets sur les consommateurs urbains en sont bien connus. Pour autant, il est essentiel de ne pas oublier les opportunités que pourrait représenter un tel phénomène pour les agriculteurs pauvres. Sachant que la plupart de ces producteurs achètent plus de denrées alimentaires qu'ils n'en vendent, il est indispensable de leur donner les moyens de produire en quantité suffisante pour garantir leur accès à la nourriture et à un revenu décent. La volatilité des prix est un véritable obstacle au développement de l'agriculture et à la lutte contre la pauvreté.Les agricultures familiales peuvent-elles investir lorsqu'elles n'ont aucune visibilité sur le prix de vente de leur prochaine récolte ? Nous savons que c'est impossible.
Il semble donc indispensable de garantir des prix agricoles rémunérateurs dans la durée. C'est un enjeu essentiel de lutte contre la pauvreté qui doit être porté par les instances internationales. Nous déplorons les approches libérales, fortement déstabilisatrices, qui sont la règle actuellement dans des organisations telles que l'OMC. Il est primordial de trouver un consensus international capable de garantir des prix supportables pour les consommateurs et facteurs de développement durable pour les agriculteurs. Des outils de régulation des marchés pour une bonne gestion des volumes et des prix doivent donc être mis en place.
L'organisation collective et mutualiste de l'agriculture constitue également une réponse efficace aux enjeux du développement international. Elle permet aux paysans de mieux exercer leur métier de producteur, d'avoir une réelle influence sur leur environnement politique et de participer pleinement à la gestion des ressources naturelles.
Représentant parfois plus de 80 % de la population des pays en développement, ces organisations paysannes sont au coeur d'enjeux qui dépassent souvent l'activité agricole. Elles participent pleinement aux processus de décision nationaux et ont un rôle essentiel de représentation de la société civile. Elles sont donc des acteurs majeurs dans les dynamiques de développement territorial.
Le dialogue Nord-Sud entre organisations agricoles porte une ambition commune aux paysans du monde : la défense des agricultures familiales en tant que pilier principal de la lutte contre la pauvreté.
Le contexte actuel facilite cette perception. Néanmoins, il est essentiel d'associer davantage les organisations qui représentent cette agriculture et apportent des solutions aux défis de l'alimentation mondiale. Ces organisations doivent être appuyées dans la durée pour participer pleinement à ce projet.
En tant qu'agriculteurs français, nous appelons à une solidarité entre paysans du monde. Nous exigeons aussi l'organisation d'un débat mondial sur l'agriculture dépassant la simple défense des intérêts sectoriels, capable de valoriser une approche collective de lutte contre la pauvreté et la sous-alimentation.
L'agriculture familiale et les paysans sont au coeur des défis alimentaires, économiques, environnementaux et énergétiques contemporains. Il est important que nous tous, citoyens, soyons imprégnés de cette réalité.
GÉRARD RENOUARD est président de l'association Agriculteurs français et développement international.
